À l'approche du festival de Cannes, près de 600 acteurs du monde cinématographique ont publié une tribune dans Libération pour alerter sur l'"emprise accrue de l'extrême droite" sur le secteur, principalement via le milliardaire Vincent Bolloré.
Parmi les signataires se trouvent des figures emblématiques telles que Juliette Binoche, Adèle Haenel, mais aussi des producteurs et réalisateurs de renom comme Sepideh Farsi et Arthur Harari. Ces artistes cherchent à se faire entendre et à ne plus rester passifs face à ce qu'ils considèrent comme une menace palpable.
Les signataires sont formels : "En confiant le cinéma français à un acteur aux idées d'extrême droite, nous ne risquons pas seulement une standardisation des productions, mais nous mettons également en péril notre imaginaire collectif sous un contrôle fasciste", affirment-ils. Ces professionnels, représentant une large palette du secteur, rejoignent le collectif Zapper Bolloré dans leur lutte.
Ils soulignent également que le groupe Canal+, sous la houlette de Bolloré, a acquis 34% d'UGC, troisième plus grand réseau de cinémas en France, avec un objectif ambitieux de prendre contrôle total d'ici 2028. Cela pourrait donner à Bolloré la capacité de superviser chaque étape de la création cinématographique, de la conception au visionnage sur écran.
Derrière son image d'homme d'affaires, Bolloré est vu par les signataires comme le porteur d'un "projet civilisationnel" à des visées réactionnaires, perceptible à travers ses chaînes de télévision comme CNews et dans ses activités éditoriales. Comme le souligne le critique de cinéma Jean-Michel Frodon dans Télérama, "l'impact idéologique de cette influence, bien que subtil pour l’instant, pourrait devenir de plus en plus manifeste avec le temps".
"Nous ne devons pas nous voiler la face : l'époque de l'indépendance cinématographique est menacée. Il est crucial de bâtir un mouvement solidaire pour défendre notre liberté de création", disent-ils. Cette initiative intervient après les récentes mobilisations de professionnels de l'édition, opposés au licenciement d'Olivier Nora chez Grasset, également sous l'influence de Bolloré.







