Entre 2016 et 2025, la France a enregistré 40 000 décès supplémentaires pendant les étés, dont 11 700 attribuables aux canicules, d'après des données récemment publiées par Santé publique France. Ces chiffres s'inscrivent dans un cadre méthodologique largement inspiré des leçons tirées de l'été 2003, marqué par une tragédie statistique sans précédent.
La canicule de 2003, qui a causé 15 000 morts supplémentaires, a incité le ministère de la Santé à demander à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) d'élaborer des modèles pour quantifier cette surmortalité et ajuster les systèmes de surveillance sanitaire. Ainsi, chaque été, du 1er juin au 15 septembre, les épidémiologistes de Santé publique France effectuent un suivi rigoureux des décès liés à la chaleur, afin de fournir des estimations en temps réel.
Cependant, la surmortalité n'est pas uniquement calculée sur la base des causes inscrites sur les certificats de décès, qui évoquent parfois des 'coups de chaleur' ou la 'déshydratation'. Fréquemment, les certificats font état de conditions médicales comme l'« infarctus » ou l'« insuffisance cardiaque », sans faire de lien direct avec l'exposition à des températures élevées. D'après des analyses menées par Santé publique France, une proportion significative de l'excès de mortalité observé lors de la canicule de 2003 relevait en réalité de causes cardiovasculaires, respiratoires, ou neurologiques.
Pour évaluer la surmortalité due à la chaleur, Santé publique France utilise une approche statistique qui compare le nombre total de décès observés pendant la saison estivale — ou durant une période caniculaire — avec le nombre de décès qui aurait été attendu en l'absence de variations climatiques extrêmes. Cette méthode, connue sous le nom d'EuroMoMo (European Mortality Monitoring), est adoptée dans 25 pays européens pour surveiller la mortalité durant des épisodes épidémiques, y compris les canicules.
Distinguer les décès 'en excès' liés à la chaleur
Une fois le solde des décès supplémentaires identifié, il est essentiel d’identifier ceux spécifiquement attribuables à la chaleur. Les experts utilisent des modèles statistiques pour établir un lien entre le nombre de décès et les températures élevées, tout en tenant compte de la variation habituelle de mortalité associée à l'augmentation des températures. Ainsi, pour l'été 2025, 5 700 décès ont été attribués à la chaleur, sans signifier que ces personnes soient mortes d'un 'coup de chaud' ; cela indique plutôt que, dans des conditions climatiques normales, ces décès n'auraient probablement pas eu lieu.
En outre, Santé publique France a instauré un suivi spécifique pendant chaque canicule. Désormais, un bilan préliminaire sur la surmortalité est publié dans les quinze jours suivant un épisode hautement caniculaire, permettant d'obtenir une première estimation des décès, sans détailler ceux liés spécifiquement à la chaleur. Pour une analyse complète, il faudra attendre l'automne de l’année suivante, quand sera publié le bilan consolidé de la surmortalité estivale, englobant les décès additionnels dus à la chaleur et les effets détaillés des canicules.
Finalement, selon les données recueillies par Santé publique France, lors des neuf dernières saisons estivales, 40 000 décès ont été supplémentaires durant ces périodes, confirmant que la chaleur représente entre 1 et 4 % de la mortalité estivale et entre 7 et 12 % durant les épisodes de canicule. Ces mesures restent relativement constantes depuis 2017, révélant les enjeux cruciaux de santé publique que posent les vagues de chaleur en France.







