le venezuela face à un tournant historique : quel avenir après la capture de nicolas maduro ?

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le venezuela face à un tournant historique : quel avenir après la capture de nicolas maduro ?
La présidente par intérim du Venezuela Delcy Rodriguez le 9 avril 2026 à Caracas - Photo par HANDOUT / VENEZUELAN PRESIDENCY / AFP
sous la pression des États-Unis, la nouvelle cheffe d'état du venezuela, delcy rodriguez, a opéré un virage à 180 degrés, mêlant libéralisation économique et assouplissement du régime. pourtant, pour la population, la situation économique reste alarmante, aggravée par un récent double séisme ayant causé près de 2.300 victimes.

il y a six mois, l’armée américaine procédait à la capture du président vénézuélien nicolas maduro, considéré comme un obstacle majeur par donald trump. alors, maduro devait être jugé aux États-Unis pour narcoterrorisme.

tandis que l'opposante maria corina machado, prix nobel de la paix, espérait occuper le pouvoir, trump a finalement choisi d’appuyer l’administration en place, lui dictant la marche à suivre.

en six mois, le pays a connu de grandes transformations. néanmoins, il doit faire face aux conséquences d'deux tremblements de terre, tuant plus de 2.300 personnes et en blessant plus de 11.000.

· avec delcy rodriguez, un venezuela sous "protectorat américain"

la capture de maduro a fondamentalement modifié la dynamique du régime chaviste, traditionnellement adversaire des États-Unis. les relations diplomatiques, rompues en 2019, ont été rétablies, accompagné de la réouverture de la ligne miami-caracas et de la visite du chef d'état-major américain. depuis l'opération absolute resolve lancée le 3 janvier dernier, les signes d'un rapprochement sont visibles.

ce rapprochement semble être une mainmise américaine sur le venezuela. en l'absence de maduro, sa vice-présidente delcy rodriguez a pris ses fonctions. bien que l'ancien régime demeure, il le fait sous l'ombre de réformes américaines.

"aujourd'hui, le pays est largement sous tutelle états-unienne. le terme 'protectorat' décrit parfaitement la situation actuelle", commente thomas posado, enseignant en civilisation latino-américaine à l'université de rouen. un cadre qui réjouit trump, qui envisageait le pays comme une potentielle "51e État" américain sur son réseau social.

"delcy rodriguez a transféré une large part de sa souveraineté à washington tout en conservant le contrôle politique local", ajoute thomas posado.

délaissant les proches de maduro, la nouvelle présidente par intérim s’est débarrassée de plusieurs ministres, du haut commandement militaire, ainsi qu’une partie de son cabinet.

· pétroles, mines… les affaires reprennent

l'objectif principal de trump était de reprendre le contrôle du pétrole du venezuela, qui détient les plus grandes réserves mondiales. moins d’un mois après la capture de maduro, l'assemblée nationale a voté une loi favorisant l'ouverture du secteur des hydrocarbures au privé, alors que le département du trésor américain assouplissait l'embargo instauré en 2019.

bien que le pays recommence à attirer des investisseurs, il demeure loin d'être l'eldorado attendu. les entreprises présentes, comme l’américain chevron ou le français maurel & prom, ont récemment augmenté leur production, mais d'autres joueurs restent en attente.

malgré d’immenses réserves, le secteur est handicapé par des années de sous-investissement et le poids des sanctions américaines. la production tourne autour de 1 million de barils par jour, bien en dessous des plus de 3 millions d’il y a une vingtaine d’années. revenir à ce niveau nécessiterait des investissements colossaux que les industriels hésitent encore à consentir.

le géant exxonmobil, ayant subi deux expropriations passées, indique vouloir "évaluer la situation" avant d'envisager son retour.

"bien que la situation actuelle semble stable, les entreprises pétrolières ont besoin d'une vision à long terme pour investir. or, l'incertitude liée à un futur gouvernement complique les affaires", décrypte thomas posado.

outre le pétrole, le gaz est également concerné par les nouvelles lois de libéralisation, dont bp, shell, repsol et eni ont récemment obtenu des licences d'exploitation. par ailleurs, caracas a ouvert son secteur minier et signé avec general electric pour améliorer son réseau électrique.

ce nouvel élan sera-t-il contrarié par les répercussions du double séisme ? le principal terminal pétrolier du pays a jusqu’ici montré peu de retards dans ses opérations. l’avenir des infrastructures près de l’épicentre du séisme reste à évaluer, mais selon reuters, les stocks de brut lourds y sont restés relativement stables.

· une répression toujours existante

bien que le régime reste connu pour ses pratiques de répression brutales, une légère pause a été observée depuis le départ de maduro. "une plus grande tolérance à l'égard des manifestations se fait sentir", remarque thomas posado.

sous pression de trump, qui avait promis de libérer les opposants politiques, rodriguez a promulgué en février une loi d'amnistie pour les détenus politiques. officiellement, plus de 8.700 personnes ont été libérées cette année, bien que l'ong foro penal évalue le nombre réel de détenus politiques à environ 450.

cette loi, critiquée pour son caractère sélectif, couvre spécifiquement 13 périodes de manifestations et de répression, ne s'étendant pas sur les présidences de chavéz ou maduro.

"le pouvoir vénézuélien gagne du temps en donnant des gages aux États-Unis mais continue de garder la main sur les libérations", souligne thomas posado.

l'état des droits humains demeure préoccupant. en mai, les autorités ont reconnu la mort de víctor hugo quero navas, incarcéré et disparu depuis 2024, indiquant que son décès a eu lieu en 2025. selon l'ong, au moins 20 prisonniers politiques sont morts derrière les barreaux depuis 2014.

· le pays toujours plongé dans la crise économique

la crise économique s'est aggravée avec les tremblements de terre, suscitant des inquiétudes sur la relance. "la gestion étatique sur plus de 20 ans a ruiné le pays, et le séisme ne fera qu'ajouter aux difficultés", observe la réalisatrice franco-vénézuélienne laurence debray.

avant le séisme, l’économie avait montré quelques signes de reprise, sans réellement profiter aux habitants. après une année 2025 marquée par une inflation record de 475%, 68,5% des foyers vivent dans la pauvreté, selon une enquête nationale.

"dans un foyer sur trois, les revenus sont insuffisants pour couvrir les besoins alimentaires", détaille anitza freitez, coordinatrice de l'enquête.

delcy rodriguez a, fin avril, annoncé une augmentation du "revenu minimum intégral", passant de 190 à 240 dollars par mois. cette hausse dérisoire a entraîné des manifestations à caracas à l'occasion de la fête du travail. la situation des services publics reste préoccupante, avec seulement 10% des foyers n’ayant jamais subi de coupures d’électricité, et seulement 19% bénéficient d'un service d'eau quotidien et continu.

le pays a souffert d'une récession prolongée entre 2014 et 2022, marquée par une contraction de 80% du pib et un épisode d'hyperinflation.

· une transition démocratique en discussion

organiser des élections démocratiques semble être un défi à long terme pour le venezuela, alors que la réélection de maduro en 2024 a été disqualifiée par l'opposition et plusieurs pays.

récemment, washington a encouragé un dialogue entre la vice-présidente rodriguez et dinorah figuera, présidente de l’assemblée nationale élue en 2015, considérée comme la dernière institution démocratique du pays. exilée en espagne, figuera est rentrée au venezuela en juin et a rencontré le président du parlement, jorge rodriguez, chargé par rodriguez de mener le dialogue.

les États-Unis ont salué cette rencontre visant à établir une "feuille de route pour un dialogue sur la transition démocratique".

dinorah figuera souhaite établir une autorité électorale "digne de confiance", impliquant les vénézuéliens tant sur le territoire national qu’à l’étranger.

bien que mari corina machado, prix nobel, ait l’intention de se présenter aux élections, son retour au pays n'a pas été permis, contrairement à figuera.

l’avenir de machado est incertain. malgré son rapprochement avec trump, elle n'a pas été reconnue comme la future dirigeante par le président américain.

depuis son exil en décembre dernier, machado a fait des choix politiques qui pourraient lui nuire, s'alliant à des dirigeants aux vues dures sur l'immigration, rendant incertaine sa position politique future.

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