En Basse-Autriche, un projet immobilier controversé voit le jour sur le site de l'ex-deuxième camp de concentration pour femmes du pays, le camp de Hirtenberg. La presse locale s'inquiète de la méconnaissance du devoir de mémoire, comme le souligne Wiener Zeitung.

Les vestiges du passé nazi sont enterrés sous gravel, acier et béton”, déplore cet article. À seulement quarante minutes de Vienne, la commune de Leobersdorf prépare la construction d'une grande zone commerciale, qui inclura un supermarché Lidl, sur un terrain chargé d'histoire, où se trouvaient près de 400 femmes et jeunes filles déportées durant la Seconde Guerre mondiale, contraintes au travail forcé pour l'industrie de munitions.

Le 3 avril 1945, alors que l'Armée rouge s'approche, ce camp est dissous. Les prisonnières sont alors déplacées vers le camp de Mauthausen, et certaines d'entre elles périssent lors de ce transfert. Ces événements marquants de l'histoire ne semblent pas dissuader le projet actuel, qui s'inscrit dans une logique de développement consumériste, comme le rapporte Der Falter.

Face à cette situation, les critiques affluent. Les journalistes appellent le projet de Leobersdorf un symbole de la “culture de l'oubli” qui prédomine en Autriche concernant son passé. Les opposants déplorent qu'un supermarché soit construit à la place d'un monument de mémoire. Selon Michael Ortner et Matthias Winterer dans Wiener Zeitung, “on efface le souvenir par un centre commercial.”

Un projet controversé soulevé par des voix critiques

Ce projet a provoqué un tollé en Autriche, suscitant des appels à l'abandon. L'association locale, engagée dans la reconnaissance de la mémoire des victimes, déplore qu'il sera impossible d'honorer dignement leur mémoire en procédant à un tel aménagement. Le mémorial de Mauthausen qualifie ce projet de “honte” et demande sa suspension, une position également soutenue par des représentants de la communauté juive, rapportées par Falter.

Pour renforcer l'indignation, des révélations montrent qu'une société immobilière, liée au maire de Leobersdorf, a cédé ces terrains à des promoteurs moyennant plus de 15 millions d'euros. Des clauses de vente, garantissant d’importants montants en cas de reclassification des terrains, soulèvent des questions sur les véritables intentions de ce projet.

Entre profit et devoir de mémoire

Andreas Ramharter, le maire et promoteur, a acquis ces terres en 2021 pour en tirer profit grâce à des panneaux solaires sur les nouveaux entrepôts. Pendant ce temps, le groupe Schwarz, à l'origine de Lidl, continue d'étendre son emprise commerciale. En 2025, il a réalisé un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros en Autriche, une croissance de 7% par rapport à l'année précédente, selon Wiener Zeitung.

Pourtant, malgré la controverse persistante, l'administration se montre ferme dans son soutien. L'Office fédéral des monuments historiques a jugé que les vestiges laissés sur site n'étaient pas suffisants pour justifier une protection, ouvrant la voie à une commercialisation effrénée sur un lieu de mémoire. C'est ainsi qu’en 2025, des produits alimentaires seront vendus sur un sol où presque 400 femmes ont été maltraitées, selon Falter.