Alors que la France fait face à une épidémie de dermatose bovine, les éleveurs sont inquiets pour l'avenir de leurs troupeaux, d'autant plus que la prochaine édition du Salon de l’agriculture, prévue pour 2026, s'annonce sans plusieurs vaches emblématiques. Limousines, charolaises et montbéliardes, habituées des concours, risquent de ne pas faire le déplacement.
La propagation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) incite les organismes de sélection à prendre des mesures de précaution. Bien que la situation sanitaire présente des signes d'amélioration, la majorité des comités de producteurs s'orientent vers un retrait. Sébastien Carrey, président de l'association des éleveurs de montbéliardes et éleveur dans le Doubs, déclare que la décision de ne pas participer au salon a été motivée par "un bon sens sanitaire" et par la peur des répercussions d'une éventuelle contamination.
Pression croissante sur les éleveurs
Pour les agriculteurs, une contamination par la DNC entraîne l'abattage de l'ensemble du troupeau, provoquant une colère intense au sein d'un monde déjà fragile. Cette mesure, qui détruit parfois des années de travail familial, est jugée particulièrement sévère. Les compensations financières promises par le gouvernement sont souvent considérées comme dérisoires, aggravant la crise dans un secteur déjà au bord du gouffre, dépendant à plus de 70% des aides européennes.
Des voix s'élèvent contre cette stratégie de "dépeuplement total", alimentées par des syndicats tels que la confédération paysanne et la coordination rurale, qui, bien que politiquement opposés, s'accordent sur ce point. Leur mobilisation met en lumière une volonté de changement dans une filière en grande difficulté.
Un salon sous le signe de l'inquiétude
Le Salon de l’agriculture, prévu du 21 février au 1er mars 2026, se transforme, lui aussi, sous cette pression. Si la direction du salon a promis de maintenir un "espace de visibilité" pour l'élevage bovin, beaucoup craignent qu'il ne soit qu'un ersatz des salons précédents. C’est un événement populaire qui attire des géants de l’industrie, comme McDonald’s et Lidl, tout en mettant en avant les races locales pour leur rusticité.
Malheureusement, ces races, souvent moins dépendantes de l’élevage industrialisé, sont également menacées. En décembre, des vaccinations avaient été promises, mais trop tard pour être réellement efficaces, laissant de nombreux éleveurs dans l'incertitude. Dans certaines régions, comme en Savoie, l’expérience montre que l’abattage d’un troupeau n’apporte pas toujours la garantie de racheter de nouveaux animaux, faute d’élevages disponibles.
À l'aube d'une crise qui pourrait redéfinir l'agriculture française, les voix des éleveurs résonnent, appelant à plus d'écoute et à une politique plus humaine face à la détresse et à l'incertitude qui pèsent sur leur avenir. Les semaines à venir seront cruciales pour le secteur, à l'image d'une filière à la croisée des chemins.







