"Je ne sais pas pourquoi je suis là" : à 81 ans, soutenu par deux cannes, Georges Dahan, le propriétaire du Marché du Soleil, décrit par l'accusation comme le "temple de la contrefaçon" en France, se présente au tribunal comme un homme de affaires dépassé par la situation.
La procureure de Marseille affirme que le bazar oriental, fondé en 1987 par son père et lui-même, aurait tiré profit de l'essor de la contrefaçon dans les 170 boutiques de ce lieu, où se côtoyaient des copies de baskets, vêtements, parfums et sacs de luxe, majoritairement importés de Turquie.
Une montée inexorable des fraudes
Georges Dahan confesse que, suite à la pandémie, certains commerçants ont commencé à vendre des contrefaçons, entraînant une réaction en chaîne parmi les autres. "Ils ont suivi le mouvement, mais je suis resté opposé," déclare-t-il.
Le président du tribunal souligne que le chiffre d'affaires de sa société, AMG Promotion, a explosé, passant de 700.000 euros en 2020 à 1,7 million en 2023, ce qui laisse penser à un lien direct avec les activités de contrefaçon.
En effet, les encaissements d'argent liquide avaient atteint un pic de 216.000 euros en novembre 2025, un montant dont se vantait un gestionnaire des loyers.
Des comportements inquiétants
Dahan admet avoir donné des instructions minimalistes à la gérante du marché, qui faisait face aux commerçants. Elle avait même menacé de fermer des boutiques, et faisait régulièrement face à des intimidations, tentatives de corruption de la part de certains qui proposaient jusqu'à 60.000 euros pour la faire renvoyer.
Il admet avec amertume avoir contacté les douanes peu avant la fermeture administrative, proposant de racheter des marchandises contrefaites pour les revendre à l'étranger, une idée jugée irréaliste et illégale par l'agent des douanes qui l'a reçu.
Un procès avec de nombreux coprévenus
Georges Dahan, qui possède un appartement à Jérusalem, garde le silence sur ses autres biens en Israël, évoquant seulement la vente de certaines propriétés. Quant aux 24.000 euros retrouvés sous son matelas, il les qualifie de "bas de laine".
Le tribunal poursuit l'audition de ses quatorze coaccusés, comprenant des agents municipaux et une fonctionnaire de préfecture, tous accusés de corruption et trafic d'influence. Le réquisitoire est prévu pour jeudi matin.
Dans un contexte où la contrefaçon ne cesse de croître, la question demeure : jusqu'où les acteurs de cette industrie clandestine iront-ils pour défier la justice ?







