Le président salvadorien, Nayib Bukele, a récemment posé la première pierre d'une mégaprison à San José, au Costa Rica. Ce projet, qui s'inspire de son propre Centre de confinement du terrorisme (Cecot), suscite déjà des inquiétudes concernant les droits de l'homme, comme l'ont signalé plusieurs groupes de défense.
Lors de la cérémonie, Bukele a pressé le Costa Rica d'adopter des mesures vigoureuses contre le crime organisé, affirmant que le problème de la criminalité ne ferait que se développer s'il n'est pas combattu. "Il faut s'attaquer à la criminalité dès maintenant", a-t-il déclaré, soulignant l'urgente nécessité de prendre position face à la montée des violences liées aux gangs.
La nouvelle prison, qui devrait coûter 35 millions de dollars et accueillir jusqu'à 5.000 détenus, est désignée pour héberger les criminels les plus dangereux d'un pays confronté à une augmentation inquiétante de la violence. Bukele a affirmé que toutes les méthodes appliquées au Cecot seraient reproduites dans cette nouvelle structure.
Pour les critiques, cette initiative apparaît comme un stratagème électoral potentiel, financé par les fonds publics. Laura Fernandez, candidate du parti de centre droit du président sortant Rodrigo Chaves, est actuellement en tête des sondages pour l'élection prévue le 1er février. Elle vise à gagner rapidement le premier tour et à obtenir une majorité au Parlement pour mener à bien une réforme judiciaire semblable à celle réalisée par Bukele.
Chaves, quant à lui, ne peut pas briguer un second mandat consécutif en raison des limitations constitutionnelles. Pendant ce temps, Bukele, acclamé par certains comme un héros en Amérique latine pour sa stratégie anti-gang, a introduit un régime d'exception depuis mars 2022, permettant des arrestations sans mandat. Ce décret a conduit à l’arrestation de plus de 90.000 personnes, dont environ 8.000 ont été relâchées après avoir été déclarées innocentes, selon des sources officielles.
Des experts en criminologie s'inquiètent de cette approche qui semble ignorer les normes des droits humains. Ils insistent sur le fait que de telles mesures doivent être accompagnées d'une réflexion plus poussée sur les causes profondes de la criminalité. Un rapport de France 24 souligne qu'un équilibre doit être trouvé entre la sécurité et les droits fondamentaux des individus.
Tandis que le gouvernement costaricien continue d'avancer avec ce projet ambitieux, les débats sur la méthode de Bukele et ses répercussions à long terme restent vifs. L'avenir de la lutte contre la criminalité au Costa Rica dépendra de la capacité du pays à naviguer dans ces eaux troubles, face à une population de plus en plus concernée par la sécurité.







