Rogojeni, un petit village en Moldavie, surnommé le "village des hobbits", se concentre sur ses traditions pour attirer les visiteurs et éviter l'oubli. Le maire Ruslan Groza, un professeur d'histoire, tente de revitaliser cette commune qui compte aujourd'hui moins de 30 habitants, contre 200 il y a quelques décennies. "Nous avons peur de la disparition de notre village. Je veux développer l'infrastructure et relancer le tourisme ici," explique-t-il.
Situé à deux heures de Chisinau, Rogojeni abrite plusieurs maisons semi-enterrées appelées "basti". Ces charmantes demeures en pierre sont semi-enterrées dans des collines verdoyantes et ne sont accessibles que par de petites portes, créant une atmosphère unique. Depuis la rénovation de l'une d'elles en 2020, le village a vu une augmentation du nombre de touristes, bien que personne ne comptabilise encore le flux exact.
Lors d'une visite début janvier, un étudiant sud-coréen, Sangkyoung Lee, a été émerveillé par les traditions locales, comme le festin du cochon rôti préparé pour Noël. "De telles coutumes sont difficiles à voir ailleurs," a-t-il déclaré, admirant l'authenticité de cette célébration hivernale.
Dans cette maison transformée en musée, les visiteurs peuvent déguster des plats traditionnels moldaves, comme le ragoût et la polenta au fromage de brebis, dans une ambiance conviviale. Le maire Groza se dit fier du patrimoine, mais il admet que la majorité des bâtiments historiques de la commune, comme l'ancienne école et une église, sont laissés à l'abandon. En effet, la Moldavie a perdu près de 500 000 habitants depuis 2014, entraînant un processus de désertification des campagnes. "Nous devons réinventer notre identité ici, baser notre renaissance sur notre patrimoine," affirme Mariana Groza, l'épouse du maire, qui anime des ateliers de broderie et fait la promotion des coutumes moldaves via TikTok.
Alors qu'elle et d'autres femmes, dont deux octogénaires, chantent des chansons traditionnelles, elles attirent l'attention des visiteurs sur l'importance de préserver leur culture. Maria Ardeleanu, une des anciennes du village, se souvient d'un temps où Rogojeni était vivant, avec de nombreux enfants jouant dans les rues. "Il ne reste que nous, quelques vieilles femmes," déplore-t-elle. "Nous espérons que nos traditions attireront plus de gens ici," ajoute-t-elle, vantant le confort de leur habitat traditionnel, qui est frais en été et chaud en hiver.
Les rêves de revitalisation de Rogojeni reflètent une tendance plus large en Moldavie, alors que les jeunes cherchent souvent des opportunités à l'étranger. Selon une étude publiée par Radio Europa Liberă, près de 60% des Moldaves envisagent d'émigrer, mettant ainsi en péril le tissu social des villages. Les efforts de communautés comme Rogojeni pourraient bien être la clé pour préserver cet héritage culturel et offrir un avenir durable à la prochaine génération.







