La gomme arabique, cet ingrédient omniprésent dans votre alimentation, joue un rôle inattendu dans la tragédie du Soudan. En effet, cet élément clé de nombreux produits agroalimentaires finance indirectement une guerre civile qui sévit au Soudan depuis 2023. La France, en tant que premier importateur mondial de gomme arabique, se retrouve au cœur de ce commerce controversé.
À votre insu, vous consommez probablement de la gomme arabique au quotidien. Utilisée comme épaississant dans les yaourts, stabilisateur dans les sodas ou encore pour améliorer la texture des cosmétiques, elle est présente dans une multitude de produits. Sa discrétion, souvent mentionnée simplement comme « agent d’enrobage » ou « E414 », masque son omniprésence.
Mais comment cet ingrédient banal peut-il alimenter une guerre en Afrique ? Principalement extraite de la sève d’acacias, la gomme arabique provient principalement de la région du Sahel, avec le Soudan qui produit environ 80 % de la production mondiale, dont le prix peut atteindre 5 000 euros la tonne.
Une matière première au cœur de la guerre
Ce produit est devenu un enjeu crucial dans la guerre civile soudanaise, qui a déjà causé la mort de 150 000 personnes et déplacé 14 millions d’autres, selon les estimations de l’ONU. Le conflit oppose les Forces de soutien rapide (FSR), soutenues par une cruauté extrême, à l’armée régulière dirigée par le général al-Burhan.
Le général a récemment déplacé la capitale à Port-Soudan, restée intacte par le conflit, ce qui permet aux militaires de contrôler les exportations de gomme arabique. Selon Yassir Abozaid, directeur commercial de Smasim Company, la guerre n’a pas entravé la transaction, et son entreprise a réussi à stocker des centaines de tonnes de marchandise.
Deux géants français importateurs de gomme arabique
Parmi les principaux acheteurs, deux grandes entreprises françaises de Normandie, Nexira et Alland & Robert, dominent le marché en achetant 80 % de cette précieuse ressource. Les conditions se sont toutefois durcies : le coût du transport a grimpé et les frais gouvernementaux ont augmenté de 40 %, d’après M. Abozaid. Malgré ces hausses, les clients semblent plus préoccupés par l’approvisionnement que par l’éthique derrière le produit.
Les bénéfices générés par ce commerce alimentent les caisses de la junte militaire au Soudan, qui gère également les finances publiques. Les paramilitaires des FSR, en contrôlant les zones de production, pillent régulièrement et revendent la gomme en contournant les circuits légaux. Pourtant, malgré ce contexte de violence, ce secteur vital soutient près de 5 millions de personnes au Soudan et rapporte des millions de dollars chaque année.
Extrait de "E414 : l'additif de la guerre", un reportage à découvrir dans Envoyé spécial le 19 mars 2026.
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