« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » : le coup de pompe des infirmiers libéraux vu depuis la Dordogne

Découverte d'une profession à bout de nerfs, au cœur d'un profond malaise.
« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » : le coup de pompe des infirmiers libéraux vu depuis la Dordogne
« Je suis passée de 60 % de revenus et 40 % de charges à l’inverse, en augmentant mes heures de travail », affirme Laurène Maleski, infirmière libérale à la campagne, qui participe au mouvement lancé par sa fédération.
Alors que le prix du carburant flambe, les infirmiers libéraux en Dordogne sont à bout de nerfs. Exclus des mesures d'aide gouvernementales, un quart d'entre eux refuse désormais tout nouveau patient après une hospitalisation.

En Dordogne, la problématique de la « désertification médicale » est omniprésente. Le vendredi 10 avril, plus de 25% des infirmiers libéraux du département ont décidé de ne plus prendre de nouveaux patients sortant d'hôpital. Ce mouvement de protestation illustre leur exaspération face à leur exclusion du plan d’aide gouvernemental visant à atténuer l’impact de la hausse des prix du carburant, conséquence de tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

« Cet abandon de l’État, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », déclare Catherine Marchioro, infirmière libérale à Mazeyrolles. Elle souligne que les conditions de travail se détériorent depuis plusieurs années. Depuis qu’elle a pris son envol en 2018, ses coûts ont grimpé de 10% au moins, l’obligeant à travailler davantage pour compenser. «Aujourd’hui, je tire environ 3 euros d’une prise de sang », déplore-t-elle.

«Nous cherchons à réduire les kilomètres en ajustant nos tournées .»

« Les barèmes de rémunération n'ont pas évolué depuis 2009», renchérit Laurène Maleski, infirmière à Sorges-et-Ligueux-en-Périgord. Bien qu'elle parvienne à s'en sortir, elle constate que ses charges ont dépassé ses revenus et qu'il lui faut augmenter son temps de travail. «Avant, je gagnais 60% de revenus contre 40% de charges ; c'est désormais l'inverse », témoigne-t-elle.

Vers des ajustements de tournées

Chaque jour, ces professionnelles parcourent environ 150km pour répondre aux besoins de leurs patients, un défi dans un département aux infrastructures et à la densité de population limitée. Depuis l’augmentation des prix à la pompe, Laurène et ses collègues ajustent leurs itinéraires. «Nous tentons de privilégier les boucles plutôt que les zigzags pour limiter les kilomètres. Nos patients le comprennent parfaitement», ajoute-t-elle.

Mais ces compromis ne suffisent plus à apaiser le mécontentement. Dominique Cura-Carboni, ancien président de la Fédération des infirmiers libéraux de la Dordogne, révèle avoir déjà décliné deux demandes de retours à domicile depuis le lancement du mouvement. Actuellement, sur environ 920 infirmiers présents en Dordogne, près de 300 participent à cette grève. «Nous ne voulons pas être une fois de plus la variable d’ajustement d’un système de santé déjà fragile. »

Des solutions discutées

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a évoqué l’opportunité d'investir dans des véhicules électriques avec un soutien gouvernemental. Dominique, quant à lui, juge cette solution peu pertinente : «Je suis en zone rurale, où il n'y a aucune borne de recharge. » Laurène, qui utilise un véhicule hybride, doit jongler entre les temps de recharge et ses visites, accumulant des frais mensuels d'environ 400 euros, hors les loyers de leasing.

«Nous ne queremos pas encore être la variable d’ajustement d’un système de santé défaillant. »

Les infirmiers libéraux réclament des mesures tangibles : inclusion dans le plan d’aide, assouplissement sur les taxes de carburant et revalorisation de leur indemnité forfaitaire de déplacement. Ils attendent depuis longtemps une reconnaissance de leur rôle vital dans le maintien de la santé sur le territoire.

Une situation préoccupante pour les hôpitaux

Catherine Marchioro, ayant jadis son propre cabinet à Bergerac, indique qu’elle a dû fermer ses portes, une tendance partagée par d'autres. «Douze cabinets infirmiers ont définitivement mis la clé sous la porte en 2024 en Dordogne», précise Dominique, indiquant que cette situation pourrait conduire à un départ de la profession. (1)

D’après Mathieu Labat, directeur de l’hôpital de Bergerac, pour le moment, le gel des prises en charge n’affecte pas encore la structure. Toutefois, il souligne qu’il convient de surveiller l’évolution de la situation : «Un impact à long terme est possible si cela persiste.»

Si le gouvernement ne réagit pas rapidement, la Fédération des infirmiers libéraux mise en garde que le mouvement pourrait se radicaliser, se transformant en «grève totale des soins».

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