Les anciennes alliances se transforment en rivalités féroces à Nice. Christian Estrosi et Éric Ciotti se retrouveront ce lundi soir sur BFMTV pour un débat municipal attendu, qui promet d'être aussi dramatique que révélateur, malgré les déclarations des candidats, qui affirment vouloir se concentrer sur les préoccupations des citoyens.
"C'est le moment tant attendu, fruit de 15 années de tensions", explique un proche de M. Ciotti, député UDR en alliance avec le Rassemblement National (RN), dont plusieurs sondages indiquent un avantage d'au moins 10 points sur le maire sortant, Estrosi, qui est son ancien mentor.
Pour le camp Ciotti, l'issue de cette élection déterminera l'avenir de la droite dans les Alpes-Maritimes, où des élus des Républicains, déjà hésitants, pourraient décider de suivre M. Ciotti en cas de succès électoral.
Dans ce débat, Estrosi cherchera à inverser la tendance face à un concurrent qui, selon un sondage d'OpinionWay publié récemment, le devance de 18 points, enregistrant 45% contre 27% au premier tour. Ce face-à-face mettra également en lumière les têtes de liste de gauche : Juliette Chesnel-Le Roux (PS-PCF-Verts) et Mireille Damiano (LFI-Viva). Le débat, animé par BFMTV, Le Figaro et Nice Matin, démarre à 20H50 et sera suivi d'une autre rencontre mercredi sur France 3.
- "Climat infantile" -
Cette année, le ton s'est intensifié entre Estrosi et Ciotti, avec une avalanche d'accusations, de petites provocations et des critiques acerbes sur le bilan de l'autre, éclipsant ainsi leurs programmes respectifs.
"C'est un peu puéril, comme si nous étions dans une cour de récréation", commente un membre de l'équipe Damiano.
Récemment, une enquête a été ouverte par le procureur de Nice suite à l'installation d'une tête de cochon et d'une affiche provocatrice devant le domicile d'Estrosi, qui a reçu le soutien inconditionnel de Ciotti.
Sur le fond, Estrosi plaide pour une nouvelle façon de gouverner, promettant des actions concrètes pour améliorer le quotidien des habitants, notamment une augmentation du nombre de caméras de surveillance de 6,800 à 10,000, tandis que son équipe s'emploie à le présenter comme l'incarnation de l'extrême droite, pour qui Nice serait simplement un tremplin vers des ambitions plus larges au sein d'un gouvernement dirigé par le RN.
De son côté, Ciotti a constitué une liste diversifiée, où la présence du RN est volontairement atténuée, évitant les sujets trop sensibles comme l'immigration. Son argument principal : après trois mandats d'Estrosi, la ville a besoin d'une nouvelle orientation.
La gauche, quant à elle, entend utiliser ce débat pour mettre en lumière les échecs communs des deux hommes, tant à la mairie qu'au département, particulièrement en ce qui concerne les questions sociales dans une ville où de nombreux habitants peinent à trouver un logement décent et où plus d'un habitant sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté.
- Pas de compromis -
Face à cette réalité socialement tendue, les deux listes de gauche ont clairement exprimé qu'aucune alliance ne sera formée pour contrer M. Ciotti au second tour. "Ils partagent la même vision, leur politique est identique", souligne un membre de l'équipe de Chesnel-Le Roux. "Il existe des différences d'intensité en matière de xénophobie et de libéralisme, mais le schéma reste le même", affirme un proche de Damiano.
Avant ce duel verbal, Jordan Bardella, président du Rassemblement National, animera une conférence de presse pour discuter des enjeux électoraux à Paris, après un week-end de tensions politiques avec Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier a encouragé les électeurs à faire un choix entre les extrêmes et lui-même.
À Bordeaux, Philippe Poutou, ancien candidat à la présidentielle et actuel conseiller municipal dans l'opposition, donnera également un meeting en soirée, soutenu par Olivier Besancenot. À Strasbourg, Mathilde Panot, députée LFI, prendra part à un rassemblement pour soutenir Florian Kobryn, le candidat de son parti.







