Depuis une quinzaine de jours, les autorités de la province argentine de Terre de Feu s'organisent pour contrer les soupçons selon lesquels un cas d'infection à bord du navire Hondius aurait pu se produire sur le territoire. Depuis que la notification de l'hantavirus est devenue obligatoire il y a 30 ans, la province n'a enregistré aucun cas, assurent-elles.
Une mission scientifique a été lancée pour traquer d'éventuels rongeurs porteurs de l'hantavirus, l'hypothèse ayant pris de l'ampleur suite à un foyer d'infection sur le croiseur. Des chercheurs venus de Buenos Aires se sont donc rendus sur l'île australe pour poser plusieurs pièges, dans le but de déterminer si les rongeurs capturés sont infectés par la souche « Andes » du virus, connue pour sa transmission interhumaine. Actuellement, la souche est absente de Terre de Feu, contrairement à d'autres provinces comme Rio Negro ou Chubut, à 1 500 km de là.
La mission est devenue d'une importance capitale après trois décès à bord du Hondius, où le « patient zéro », un Néerlandais, avait passé 48 heures à Ushuaïa avant d’embarquer. Des reporters de l’AFP ont observé des biologistes et des membres du personnel des Parcs nationaux, équipés de gants et de masques, dresser plus d'une centaine de petites cages métalliques sur des chemins à proximité de la ville touristique.
150 pièges à Ushuaïa
Au sein du Parc national de la Terre de Feu, qui s’étend sur 70 000 hectares, d'autres pièges ont également été disposés, portant le total à 150 selon une source sanitaires locale. Les rongeurs ciblés, dont la classification fait débat parmi les experts, pourraient être le « raton colilargo » (Oligoryzomys longicaudatus) ou une sous-espèce, le colilargo de Magellan (Oligoryzomys magellanicus).
« Certains estiment qu’il s’agit d’une même espèce, d’autres d’une sous-espèce. L’essentiel est de vérifier leur infection », déclare Juan Petrina, responsable épidémiologique dans la province.
Le raton colilargo est un petit rongeur mesurant entre 6 et 8 centimètres, avec une queue pouvant atteindre 15 centimètres. Il vit dans les écosystèmes boisés et a une alimentation à base de fruits et de graines, avec des habitudes nocturnes.
L’Hantavirus absent de la Terre de Feu ?
Des pièges ont été installés durant la nuit et vérifiés le matin. Les rongeurs capturés seront soumis à des analyses sanguines et tissulaires dans un centre de traitement conforme aux strictes normes de biosécurité, précise le ministère de la Santé dans un communiqué. Les résultats des tests devraient être disponibles dans un délai de quatre semaines.
Les responsables de la province travaillent dur pour dissiper les doutes concernant l'origine de l'infection à bord du Hondius. Aucun cas d'hantavirus n'a été signalé dans cette région depuis l'instauration des notifications, assurent-ils, une affirmation soutenue par des scientifiques locaux.
Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d’investigations scientifiques (CADIC), se réjouit de la mission du Malbran, institut de référence en infectiologie, qui va permettre d'évaluer la menace potentielle des rongeurs locaux. Sebastian Poljak, un autre expert en mammifères, souligne que cette enquête pourrait écarter définitivement l'idée d’une infection locale, rappelant qu'« il n'y a eu aucun antécédent ».
Argentine, Chili, Uruguay… Le périple du patient zéro étudié
Selon lui, l'archipel de la Terre de Feu, isolé du continent par le détroit de Magellan, constitue une barrière géographique significative pour les espèces. Les scientifiques, bien qu'ils ne peuvent pas l'affirmer avec certitude, envisagent davantage la possibilité que le patient zéro ait contracté l'hantavirus lors de ses voyages à travers l'Argentine, le Chili, où le virus est également présent, et l'Uruguay.
Les autorités locales espèrent que la mission du Malbran dissipera les inquiétudes concernant une éventuelle infection locale et rassurera ainsi le secteur touristique. Bien que l'hiver soit calme à Ushuaïa, la saison de croisières, qui s'étend de septembre à avril, attire jusqu'à 200 000 visiteurs par an.
Cependant, l'inquiétude ne semble pas atteindre tous les « Fueguinos » croisés par l’AFP. Juan Cores, employé du « Train du Bout du Monde », une attraction phare de la région, confie : « Nous vivons ici sans inquiétude, il n’y a jamais eu d’hantavirus. Les touristes ne posent même pas de questions ».







