Depuis cinq semaines, Bruno Lafont et Christian Herrault, anciens hauts responsables de Lafarge, croupissent en prison. Aujourd'hui, à 13h30, la Cour d'appel de Paris se penche sur leurs demandes de remise en liberté, portées par leurs avocates respectives. Au moment des faits, ils avaient poursuivi l'exploitation de l'usine de ciment en Syrie, en effectuant des paiements à des groupes terroristes, selon le jugement du Tribunal correctionnel.
En avril dernier, Bruno Lafont a reçu une peine de 6 ans de prison, tandis que Christian Herrault a écopé de 5 ans pour "financement du terrorisme". Le Tribunal, sous la présidence d'Isabelle Prévost-Desprez, a été controversé pour avoir ordonné une incarcération immédiate avec exécution provisoire avant l'appel. Les deux avocats contestent cette décision en appel tout en demandant la libération de leurs clients.
"Christian Herrault ne répond pas aux critères de détention provisoire, il est donc peu probable qu'il reste incarcéré", a déclaré son avocate, Solange Doumic, ajoutant que l’entourage de Lafont partage également cette opinion.
Le code de procédure pénale énumère plusieurs motifs pouvant justifier un refus de remise en liberté, tels que la conservation de preuves ou l’influence sur des témoins. Cependant, la proximité des deux hommes en prison rend difficile l'argument selon lequel ils pourraient conspirer. Il est prévu qu'une assignation à résidence avec bracelet électronique soit envisagée si la remise en liberté est accordée. La décision de la Cour sera annoncée mercredi, et si favorable, pourrait permettre aux deux hommes de quitter immédiatement la prison.
Une cellule de 8 m² dans "le quartier des vulnérables"
Leur incarcération est d'autant plus pesante qu'ils partagent une cellule de 8 mètres carrés à la prison de la Santé, à Paris. Installés dans le "quartier des personnes vulnérables", ils disposent d'une douche et de toilettes, mais leurs conditions de détention demeurent strictes. À 69 et 75 ans, Lafont et Herrault trônent sur des lits superposés et mangent à une petite table fixe, échangeant peu de mots.
"La décision de les incarcérer ensemble a été prise par le tribunal", a souligné l'avocate, Solange Doumic.
Leurs échanges durant le procès étaient marqués par des divergences profondes. Christian Herrault a accusé Lafont d'avoir orchestré les paiements aux groupes terroristes alors que ce dernier a nié toute connaissance de ces actions jusqu'à une date limite, soulevant des documents contradictoires.
Tous deux, ainsi que les autres prévenus dans cette affaire, ont fait appel des décisions de condamnation. Ce dossier complexe a également vu le Parquet faire appel, tout comme treize victimes des attentats du Bataclan. Un second procès pourrait ne pas se tenir avant 2027 ou 2028 en raison de l’enchevêtrement des procédures légales.







