Alors que l'affaire Lyhanna soulève des questions cruciales sur la justice française, les syndicats de magistrats dénoncent une réaction politique qui privilégie la désignation de responsables plutôt que l'analyse des véritables dysfonctionnements du système. Suite à la publication d'un pré-rapport concernant la tragédie entourant la jeune Lyhanna, ils critiquent une mise en cause rapide des acteurs de terrain sans aborder les défis structurels existants.
L'Union syndicale des magistrats (USM) a exprimé son indignation face à ce qu'elle qualifie de « fortes pressions politiques ». Les syndicats évoquent des « déclarations publiques » qui semblent délibérément ignorer les manques en matière de ressources et d'outils nécessaires à un fonctionnement optimal de la justice. Pour rappel, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a pris des sanctions à la suite de cette affaire, retirant des habilitations à une substitut d'Auch impliquée dans une affaire de viols.
Des critiques sur le fond du système
Les syndicats montent au créneau. Le Syndicat de la magistrature (SM) a fermement dénoncé le retrait de l'habilitation, soulignant que le rapport met en lumière des « délais anormaux » et un « manque de priorisation des dossiers de violences sexuelles sur mineurs ». Ils insistent sur le fait que ces problématiques, dénoncées depuis des années, sont les véritables causes des failles dans le système judiciaire, rapportées également par les experts consultés.
D'un point de vue pratique, l'USM rappelle que le parquet d'Auch lutte avec moins de quatre magistrats à temps plein, alors que le nombre requis devrait être d'au moins 24 pour répondre aux standards européens. Cette situation alarmante soulève des inquiétudes parmi les professionnels du droit, qui dénoncent un système se suffisant d'un personnel insuffisant pour la tâche à accomplir.
« Une réaction démagogique » dénoncée
Pour Laurence Blisson, représentante régionale du SM, il est impératif de replacer le débat sur les véritables enjeux. Selon elle, la réaction politique s'éloigne des causes structurelles qui nuisent à l'efficacité du système judiciaire. Les magistrats en région s'accordent à dire qu'il est nécessaire d'engager une réflexion approfondie sur le soutien octroyé à la justice, plutôt que de se concentrer sur des sanctions individuelles qui ne font qu'ajouter à la stigmatisation des professionnels du secteur.
Des rassemblements de magistrats ont eu lieu à Marseille et Strasbourg, témoignant d'une mobilisation croissante au sein de la profession. « La magistrate mise en cause, c'est nous, ça pourrait être nous tous », a déclaré un participant féru de justice. Ce sentiment de solidarité reflète une forte inquiétude face aux effets des décisions prises sans consultation adéquate.







