C'est dans une atmosphère empreinte de gravité que les cercueils de Marc Bloch, historien et résistant, ainsi que de son épouse Simonne, avancent vers le fronton "Aux Grands hommes la Patrie reconnaissante". Après 21H00, la cérémonie symbolique de leur panthéonisation a débuté, au cœur de Paris.
Emmanuel Macron, accompagné de son épouse, a inauguré ce rite républicain au son poignant de La Marseillaise, rendant hommage à l'auteur de "L'Etrange défaite", une œuvre emblématique qui continue de résonner dans notre époque.
Avant la tombée de la nuit, la comédienne Lou de Laâge lit un extrait du testament spirituel de Marc Bloch, écrit en 1941 : "Je me suis efforcé de vivre en toute sincérité. Le mensonge est la pire lèpre de l’âme". Ses mots ont traversé le temps, défiant la complaisance.
Sur les tribunes décorées de bleu et rouge, le portrait de Marc Bloch, moustache et lunettes rondes, émerge parmi les jeunes élèves et étudiants présents. Non loin, le lycée Louis-le-Grand, où il a fait ses études, et la Sorbonne, où il a enseigné avant d’être écarté par les lois de Vichy.
La cérémonie a attiré une foule variée, de l'ancien président François Hollande à l'ex-Première ministre Elisabeth Borne, ainsi que des figures politiques comme Jean-Luc Mélenchon.
L’acteur Jacques Gamblin narre la vie de l’historien, commençant par son agonie dans la prison de Montluc, juste avant son exécution en 1944.
Emmanuel Macron va lui rendre hommage en tant que héros, intellectuel engagé et défenseur de la République. Cette panthéonisation marque la sixième depuis le début de son mandat, après celles d'autres grandes figures comme Simone Veil et Joséphine Baker.
Les cercueils de Marc et Simonne ne contiennent pas leurs corps. La famille a souhaité que Marc reste dans son village de la Creuse, tandis que le corps de Simonne n’a jamais été retrouvé, après sa mort sous un faux nom.
Des objets symboliques, des médailles, son testament écrit en 1941, des photos et lettres sont conservés dans ces cénotaphes, témoignant de leur vie et de leur amour.
Marc Bloch est une figure intellectuelle profonde pour Emmanuel Macron, comme le confirment ses proches. Fin 2024, le président avait évoqué ce "témoin du désastre de 1940" et le récit de la défaite française.
Le président a souligné l’importance de Bloch dans un contexte contemporain marqué par le révisionnisme, affirmant qu’il pose un regard critique sur les événements historiques.
La famille a demandé l'exclusion de l'extrême droite de la cérémonie, bien que des invitations soient mandées par le protocole. Certaines personnalités comme Marine Le Pen ont néanmoins décidé de ne pas y assister.
Cependant, à l’approche de la cérémonie, Jordan Bardella a salué Marc Bloch, qualifiant ses analyses d’"implacables" sur les élites ayant mené au désastre de 1940. Mélenchon a répliqué, pointant du doigt les racines de l’extrême droite dans cette histoire.
Matis, arrière-petit-fils de Marc Bloch et historien, a déploré la récupération idéologique de son aïeul par l'extrême droite, un paradoxe face aux valeurs qu'il défendait.
Cofondateur de la revue des Annales d’histoire économique et sociale, Marc Bloch a révolutionné l’approche historique, l’ouvrant à d’autres disciplines telles que l’anthropologie et l’économie.
Son engagement durant les deux guerres mondiales et sa résistance active en 1943 témoignent d'un homme de conviction. Arrêté par la Gestapo, il fut exécuté après avoir crié "Vive la France".
Sa famille a exprimé son opposition à toute tentative de récupération communautaire, précisant qu’il était un homme de République avant tout.







