Le 31 août 1895, à Bénonces, un événement tragique va marquer les esprits. Un adolescent de 15 ans, Victor Portalier, est retrouvé mort, le corps mutilé, une découverte qui choque la petite commune. C'est ainsi que Jérôme Prod'homme nous plonge dans cet épisode terrible du podcast Crimes et témoignages proposé par ICI.
Des experts sont rapidement envoyés sur les lieux. Un médecin légiste note une série de blessures : sept coups de couteau, un égorgement, et une mutilation inhumaine. Les autorités, avec peu de moyens à l'époque, interrogent les habitants et découvrent qu'un vagabond a été aperçu dans la région.
À cette époque, la criminalistique est encore balbutiante. Le juge Gilbert Thiel, qui reviendra sur cette affaire plus d’un siècle plus tard, évoque l'initiative d'Émile Fourquet. Ce dernier, désireux de briser les codes de la magistrature, s'attelle à la tâche avec ferveur, même après deux ans depuis le drame. « Il a à cœur de résoudre l'affaire de Victor Portalier », explique-t-il.
« Le juge Fourquet va faire dresser l’un des premiers portraits robots »
Fourquet rouvre le dossier, s'imprègne des témoignages sur ce vagabond. À cette époque, un vagabond désigne une personne nomade. Pour le retrouver, il prend une décision inhabituelle : il contacte ses collègues juridiques de diverses régions, accompagnant son courrier d’une description détaillée. Bien des décennies plus tard, ce procédé donnera naissance au « portrait-robot ». Cette méthode est le précurseur des avancées dans le domaine des enquêtes criminelles.
Parmi les réponses reçues, l'une retient son attention : un certain Joseph Vacher, arrêté en Ardèche pour avoir tenté d'agresser une femme. Un transfert est alors organisé pour le faire comparaître.
« Comment convaincre le suspect d’avouer ? »
Quand Vacher est présenté au juge, Fourquet, intuitivement, le pense coupable. Toutefois, il doit établir une stratégie pour obtenir des aveux. Au lieu d'une interrogation formelle, il choisit de créer un lien de confiance, engageant une conversation amicale avec Vacher, qui se révèlera bavard : « Joseph Vacher aimait parler de lui », précise encore le juge Thiel lors de l'interview avec Jérôme Prod'homme.
Rapidement, Vacher évoque des meurtres commis à travers la France, augmentant l'inquiétude des autorités. Les questions affluent : tant de meurtres peuvent-ils être le fait d'un seul homme ? La santé mentale de Vacher est remise en question. Le jugement médical est incertain. À cette époque de début de la police scientifique, tous regardent vers le docteur Alexandre Lacassagne, un nom emblématique de cette période.
Les dates clés de l’affaire
- 31 août 1895 : Victor Portalier, 15 ans, est retrouvé mort, le corps mutilé.
- 1897 : Le juge Fourquet rouvre le dossier de cet assassinat.
- 26-28 octobre 1898 : Procès de Joseph Vacher devant la cour d’assises de l’Ain.
- 31 décembre 1898 : La guillotine s’abat sur Joseph Vacher, âgé de 29 ans.







