Les investigations à l’encontre de Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex et actuel eurodéputé du Rassemblement national, ont officiellement débuté au tribunal judiciaire de Paris. Il est accusé par diverses organisations non gouvernementales de complicité dans des crimes contre l'humanité et de torture suite à sa gestion d’une "chasse aux migrants" pendant son mandat.
Cette initiative judiciaire a été précédée d’un parcours juridique complexe, comme l’a rapporté l’AFP fin mars. Le tribunal a finalement décidé d’ouvrir une enquête, confirmant ainsi les soupçons soulevés par des associations telles que la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et Utopia 56.
Fabrice Leggeri a dirigé Frontex, l'agence européenne chargée de la surveillance des frontières, de janvier 2015 à avril 2022. En 2024, il a rejoint le Rassemblement national, figurant en bonne position sur la liste aux élections européennes.
Sous sa direction, Frontex a été fortement critiqué pour son rôle dans des refoulements illégaux de migrants, suscitant l'indignation des ONG et des défenseurs des droits de l'homme. Selon ces organismes, M. Leggeri aurait encouragé ses agents à collaborer avec les autorités libyennes et grecques pour intercepter les embarcations de migrants.
Bien que la plainte initiale ait été écartée par le Parquet national antiterroriste, la chambre de l'instruction de la cour d'appel a estimé qu'il y avait suffisamment d'éléments pour ouvrir une enquête approfondie. "Il est essentiel qu'un juge examine les implications pénales de la responsabilité de Leggeri dans les événements tragiques ayant entraîné des milliers de morts en Méditerranée", a affirmé Me Emmanuel Daoud, l’avocat des plaignants.
La cour a précisé que des enquêtes seraient nécessaires pour évaluer la nature des collaborations de Frontex avec les autorités grecques et libyennes. Près de 82 000 migrants ont disparu ou ont péri depuis 2014, principalement en mer Méditerranée, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), un chiffre qui, selon l’ONU, pourrait être largement sous-estimé.
Des organisations étudient les politiques de Frontex qui ont accentué une approche maritime, favorisant des moyens aériens de surveillance au détriment des secours directs en mer, en provoquant des interventions plus que douteuses des garde-côtes libyens. La question de la responsabilité juridique de M. Leggeri et des décisions stratégiques prises lors de son mandat reste un sujet brûlant dans le débat public.







