Ayant pris leurs fonctions à une époque où la ceinture de sécurité n'était pas obligatoire et où fumer à l’hôpital était courant, ces maires élus dans les années 1970 et 80 sont un pilier dans leurs communes. Leur âge ? Plus de 70 ans, soit 3 au-delà de l'âge de la retraite en France. Guy Delattre, par exemple, aura 92 ans et se représente pour un dixième mandat dans la Somme. Pour eux, l'envie de continuer est évidente.
"Quand on a une passion pour sa ville, des attentes de nos concitoyens, on y retourne, c'est une évidence", assure le maire LR de Rueil-Malmaison, Patrick Ollier, 81 ans, qui s'apprête à chercher un cinquième mandat.
Dans le Val-de-Marne, Laurent Cathala (PS) est maire depuis 1977 et a connu de nombreux changements politiques. Aujourd'hui âgé de 80 ans, il n’a jamais quitté son fauteuil de maire et continue son engagement.
Ce phénomène s'explique par plusieurs facteurs, notamment la prime aux sortants : 44% des maires élus en 2020 l'étaient déjà auparavant. Plus un maire reste longtemps, plus il se familiarise avec la population locale. Ainsi, il est considéré comme une figure familiale par les habitants, confie un maire varois.
La complexité des procédures administratives est un autre élément incitant ces élus à s'accrocher à leur mandat. Max Vincent, maire depuis 1979 près de Lyon, souligne que le chemin pour concrétiser un projet est devenu long et ardu. En effet, des travaux comme la création d’une simple piste cyclable peuvent exiger des années de procédures.
L'âge n'est qu'un chiffre
Pour ces maires, prendre soin de leur santé est essentiel. Patrick Ollier, deuxième dan de judo, assure faire régulièrement des examens médicaux. Jacques Kossowski, maire de Courbevoie et âgé de 85 ans, publie même des vidéos de ses séances d’entraînement.
À Issy-les-Moulineaux, André Santini, élu depuis 1980, a récemment fait son retour après une longue convalescente. Son équipe le décrit comme déterminé et en pleine forme intellectuelle malgré les épreuves.
Un devoir, mais aussi une solitude
Pour beaucoup, la décision de se représenter n'est pas seulement liée à une passion, mais aussi à un certain sentiment de solitude une fois le mandat terminé. Marcel Defremont, maire de Busloup, approche des 90 ans et déclare regrettant de ne pouvoir se retirer car personne ne prend le relais.
Bien que ces maires soient indéboulonnables, la pression associée à leur longévité suscite également des interrogations. Il est nécessaire de préparer une relève, et certains d'entre eux, tels que Gérard Weyn, ont déjà désigné leurs successeurs potentiels, permettant ainsi de rendre leur campagne moins centrée sur leur âge avancé.
En définitive, si les élus de plus de 70 ans continuent à briguer des mandats, c'est autant pour leur dévouement que pour leur expertise, mais aussi en raison d'un manque de volontaires pour les remplacer. Ce phénomène souligne une dynamique fascinante au cœur de la gouvernance locale en France.







