À quelques semaines des élections cruciales qui se dérouleront dans deux Länder d'ex-RDA, une opération de désinformation d'une ampleur inquiétante cible la République fédérale, selon un rapport de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. L'intention de ses promoteurs : fracture le pays en exploitant ses fissures sociétales pour favoriser les partis prorusses.
Un collectif favorable au Kremlin « cherche à influencer l'élection de septembre en Allemagne via les réseaux sociaux X, Bluesky et TikTok », rapporte le journal. Ironiquement, l'opération a été nommée Matriochka, évoquant les célèbres poupées gigognes russes.
Comme l'indique le quotidien conservateur, le groupe de hackers opposés au Kremlin, Antibot4Navalny, a révélé que dans le cadre de cette initiative, plusieurs fausses interviews de figures politiques de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), du Parti social-démocrate (SPD), des Verts et de la gauche (Die Linke) ont été diffusées. Ces manipulations surviennent à l'approche de deux scrutins régionaux importants qui se tiendront en septembre dans les régions de Saxe-Anhalt et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
Dans une des vidéos propagées par ce réseau, qui se faisait passer pour le journal Die Zeit, on voir Andrea Lindholz, vice-présidente chrétienne-sociale du Bundestag, insulter les Allemands de l'Est. D'autres médias comme Der Spiegel, Bild et B.Z., ainsi que la Frankfurter Allgemeine Zeitung elle-même, ont également été victimes de l'utilisation de fausses images générées par IA, illustrant des critiques à l'encontre des Länder issus de l'ancienne République démocratique allemande. Pour le journal de Francfort, l’objectif de cette manœuvre est évident : « Dresser les Allemands de l’Est contre ceux de l’Ouest. »
Poutine mise sur l'AfD
Curieusement, seuls « les partis particulièrement favorables au Kremlin », comme l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) et l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), semblent avoir été épargnés par cette vague de désinformation. Cela est compréhensible si l'on considère que ces partis remettent en question le soutien de l'Allemagne à l'Ukraine, un aspect également favorable aux intérêts de Moscou.
« En ce qui concerne sa guerre d’agression, Moscou cherche à miner le soutien de l’Allemagne à l’Ukraine, un soutien critiqué par l’AfD et la BSW. »
Avec une montée probable dans les régions de Saxe-Anhalt et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l'AfD demeure l'un des rares partis à maintenir des liens avec la Russie. D'après un rapport, « Vladimir Poutine a récemment mentionné lors d'un forum économique à Saint-Pétersbourg qu'il misait sur l'AfD en Allemagne. »
Mais l’opération Matriochka n’est pas seulement centrée sur l’Allemagne. Un rapport de 2024 du service français de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, Viginum, avait déjà mis en lumière cette campagne de désinformation. Celui-ci notait que des contenus anti-ukrainiens, des attaques ciblant certaines personnalités françaises et des fausses informations sur les Jeux olympiques de Paris avaient été diffusés depuis 2023 à travers de faux comptes européens ou nord-américains.







