Le commerce de centre-ville s’impose comme l’un des enjeux économiques majeurs des municipales de 2026. En effet, un rapport sur l'avenir du commerce de proximité, soutenu par la mairie de Saint-Quentin, indique qu’en 2024, 14% des locaux commerciaux étaient vacants, un chiffre alarmant comparé à 6% quinze ans auparavant. Les chiffres continuent d’inquiéter, surtout avec l'essor du e-commerce, qui a enregistré un bond passant de 65 à 175 milliards d’euros en dix ans.
Les défis sont d’autant plus pressants que la consommation de biens a légèrement baissé en 2024 et que le taux d’épargne des ménages est élevé à 19% en 2025. La question du commerce en centre-ville devient donc centrale. Un Français sur deux considère que son centre-ville perd de son attrait, et 66% des citoyens souhaitent que cela soit une priorité pour le prochain mandat.
Dans ce paysage économique difficile, certains maires adoptent une approche proactive. À Belfort, Damien Meslot a décidé de racheter un emblématique immeuble, les Nouvelles Galeries, pour 6 millions d’euros, avec une rénovation prévue du même montant. Son but : éviter la fermeture de nouveaux commerces et préserver un actif stratégique.
La commune s'appuie sur Semaville, une société d'économie mixte, qui gère une trentaine de commerces avec le soutien de programmes comme Action Cœur de Ville. Mais cette stratégie pose également des interrogations, notamment sur la capacité financière des collectivités, comme le souligne Myriam Trabelsi, présidente du Club des Managers de Centre Ville, dans un récent article des Échos :
"Encore faut-il que les collectivités aient de l’argent pour reprendre des murs de commerce !"
L’essor des managers de centre-ville
Les managers de centre-ville émergent comme une fonction cruciale dans cette dynamique. Ces professionnels sont appelés à coordonner l’animation des commerçants, l'urbanisme et les flux clients, comme le montre le cas de Sceaux où leur intervention a été bénéfique.
À Condé-sur-l’Escaut, Eugénie De Bover, manager de centre-ville depuis 2025, a pour mission de redynamiser le commerce local. "Chaque commerçant a une situation différente. Mon objectif est de comprendre et d’accompagner au mieux chacun", confie-t-elle à France 3. Sa commune a pu bénéficier de l’aide de l’État grâce au programme Petites Villes de demain, qui vise à redynamiser 1.600 petites villes françaises.
D’après le maire Grégory Lelong, la coordination est essentielle. Toutefois, l'absence de concertation avec les commerçants peut engendrer des difficultés, comme le souligne Loïc Rousse, propriétaire d'un magasin à Orléans :
"Dans une ville comme Orléans, avec 300 événements par an, c'est une riche opportunité, mais ces évènements peuvent également perturber la circulation et les affaires, et nous ne sommes pas toujours consultés."
Les défis sont variés : de l'insécurité à l'accès aux livraisons, en passant par la gestion des déchets. L'enjeu n’est plus seulement d’attirer des clients mais de créer un écosystème durable où résidents et commerçants cohabitent. Le maire de Vesoul, Alain Chrétien, souligne :
"Les centres-villes ne sont pas morts ! Ils vivent quand on réussit à faire vivre ensemble ceux qui habitent, travaillent et consomment."
Se préparer pour l’avenir du commerce
Alors que Paris continue d’abriter une vie commerciale intense avec 58.700 commerces recensés, leur nombre est en déclin depuis deux décennies, accentuant la transformation du paysage. En effet, cette affrontement entre la tradition et l'innovation pousse les villes à renouveler leur approche commerciale.
Parmi les changements notables, l’émergence de la fast fashion, représentée par des marques comme Shein, illustre comment les géants du numérique s'immiscent dans l'espace physique, ce qui exacerbe la concurrence. Gil Averous, le maire de Châteauroux, attire l’attention sur l’urgence d’agir:
"De nombreux commerces dans les centres-villes sont en grande difficulté. Il y a beaucoup de désespoir. Il y a urgence à agir avant qu’il ne soit trop tard."
Relier l’habitat et le commerce
Les administrations qui réussissent le mieux sont celles qui entendent ces évolutions, ne cherchant pas à recréer le passé mais à imaginer le futur. Comme le souligne le rapport de 2025, "le commerce évolue mais ne meurt pas". Cela pose la question essentielle du logement, car une ville dynamique est celle où les habitants sont présents.
C'est sous cette optique que la gestion du foncier, des locaux vacants et la spécialisation commerciale deviennent les piliers des futurs plans d'action. À Douai, le maire Frédéric Chéreau insiste :
"La mère des batailles, c’est le logement. La vacance des logements en centre-ville entraîne une perte de clients pour les commerçants."
Les efforts entrepris par les élus locaux font donc office de baromètre de l’évolution des centres-villes. Leur capacité d’initiative sera déterminante dans l’avenir commercial de nos communes.







